Esport : Montpellier, un goût de grand rendez-vous

Richard « shox » Papillon (les bras levés) exulte face à la foule de Montpellier. L'esport génère les mêmes émotions que le sport traditionnel. ( - ) Timo Verdeil ESL

À l'image de leurs favoris, G2 Esports, les fans français de Counter-Strike ont répondu présent à Montpellier la semaine dernière, rendant les finales de l'ESL Pro League inoubliables. Un moment de sport à sa manière.

On aura tout vu à Montpellier. Un public en fusion, de plus en plus dense au fil des trois jours de play-offs et des exploits de G2 Esports, des Marseillaises à chaque sortie des Français, une conclusion exceptionnelle, un Kenny « kennyS » Schrub de retour dans un environnement qu'il chérit, bouillant comme un Virage Auteuil un soir de PSG-OM au plus fort de leur rivalité... L'esport n'est peut-être pas tout à fait du sport, mais il lui ressemble quand même beaucoup. Et Counter-Strike en est probablement son meilleur représentant.

Les Américains de Team Liquid soulèvent le trophée de l'ESL Pro League à Montpellier. ( - ) Bart Oerbekke ESL

La loi du sport

Certes, quand on regarde d'un oeil circonspect cette discipline encore naissante, difficile d'y voir son intérêt et sa beauté : les jeux vidéo souffrent d'une réputation qui s'est construite dans un certain mépris pendant de longues années. Accepter la profondeur extraordinaire de CS : GO, qu'il génère des émotions comparables à un but à la 92e minute pour un flickshot bien placé et une manche gagnée au bout des prolongations demande du temps. Et une certaine ouverture d'esprit.

Mais n'importe quel sceptique aurait revu ses positions en assistant à la finale de l'ESL Pro League dimanche soir. Aurait intégré, dans les grandes lignes, ce qui se déroulait à l'écran avant de se laisser porter par la foule. Aurait compris qu'il se passait ce petit quelque chose qu'on connaît bien quand on a l'habitude de suivre le sport, le « vrai ». Les outsiders français contre les n°1 mondiaux américains, une salle pleine, près de 6h de match indécis, d'une intensité folle, qui aura fait bondir de leurs chaises Kenny Schrub, Audric « JaCkz » Jug, Richard « shox » Papillon et les milliers de (jeunes) spectateurs présents. Une rencontre inoubliable, de très haut niveau, qui s'est achevée par une défaite des Tricolores. La loi du plus fort. Celle du sport. « Que font des jeux vidéo sur le site de L'Équipe ? », a-t-on pris l'habitude de lire. Voilà pourquoi.

Les supporters de G2 à Montpellier. ( - ) Bart Oerbekke ESL

S'intéresser à ceux qui font l'esport

L'esport s'appuie sur le talent de ses acteurs. Tous, sans exception, étaient rincés dimanche soir. S'ils ne sont pas vraiment des athlètes, les joueurs s'épuisent autant mentalement que physiquement en restant concentrés au fil des manches sur leurs écrans et leurs viseurs. Six heures, c'est long. Et Counter-Strike demande une attention absolue, une intelligence de jeu, une cohésion d'équipe, une communication sans faille mais aussi des réflexes et une réactivité à peu près comparables à ceux d'un gardien de handball. Kasper Hvidt, ex-portier de la sélection danoise aujourd'hui directeur sportif dans l'esport, chez Astralis, peut témoigner.

Au Danemark, les performances d'Astralis - meilleure équipe du monde d'avril 2018 à mars 2019 sur Counter-Strike - combinées à un travail d'éducation et d'acceptation de l'esport ont propulsé cette équipe sur le devant de la scène, cassant la barrière du grand public. Connue dans le monde entier grâce à ses résultats, cette formation est désormais une fierté nationale. Il faudra probablement encore attendre avant de voir celles de G2 ou Vitality suivre cet exemple en France. Qu'elles enchaînent les performances au plus haut niveau bien sûr. Mais il faut aussi qu'on s'intéresse à elles. Elles le méritent.

Damien « maLeK » Marcel, les yeux rivés sur l'écran de son capitaine. ( - ) Timo Verdeil ESL

Damien « maLeK » Marcel, coach de G2 : « On redescend doucement, on se rend compte de ce qu'on a vécu. Même s'il y a une petite frustration d'être passé vraiment près de quelque chose de grand. Le public nous a apporté beaucoup d'émotions. Tu ressens moins la fatigue sur scène quand tu es porté comme ça. Il y a beaucoup d'adrénaline et en ce sens ça nous aide quand on joue. C'est un plus en termes d'énergie, tu as le sentiment d'être imprenable sur le moment, mais tu subis aussi un gros coup de barre après. Ceci dit, on serait prêt à faire ça tous les week-ends. Ça fait du bien, on bosse dur. On a trouvé la bonne formule dans le jeu. Shox est un leader naturel mais il ne peut pas tout faire, je travaille donc beaucoup avec François (AmaNEk) qui est devenu mon relais en match. Je suis pressé de voir comment ça va évoluer. On est dans le juste. »

publié le 26 juin 2019 à 15h39 mis à jour le 27 juin 2019 à 11h36
commentaires (6) commenter cet article
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chapronludovic le 26 juin 2019 à 18h10

Très bon article qui (j'espère) va mettre tout le monde d'accord.

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