Les souvenirs de William Léger et de sa traversée de l'Inde à la marche en 83 jours

Pour son 4e voyage en Inde, William Léger a traversé le pays à la marche : 2808 km en 83 jours. (Léger)

Pour son quatrième voyage en Inde, William Léger a traversé le pays à la marche : 2808 km en 83 jours, de février à mai. À 37 ans, cet enseignant/écrivain/acteur n'est pas à sa première aventure : il a déjà traversé la Mongolie à cheval ou fait des treks en Himalaya. Traileur et marathonien, le Français revient sur ses souvenirs, dans ce pays dont il est tombé amoureux.

« Le moment le plus surprenant ?
Dans le Rajasthan, je me suis retrouvé entouré d'un troupeau d'une vingtaine de dromadaires sauvages, en liberté. Dans cet endroit immense, vierge, il n'y a personne. Je me pose, ils sont autour de moi. Et là, un troupeau de daims arrivent et passe au milieu des dromadaires. J'ai eu une chance incroyable de vivre ça, au milieu de nulle part, au bon moment. Quelle est la probabilité d'assister à une chose pareille ? C'est juste magique.

La plus belle rencontre ?
Au tout début, le deuxième jour, j'ai croisé des gens qui jouaient au foot. Je suis allé les voir et ils m'ont posé plein de questions. Ils m'ont fait rencontrer quelqu'un, qui était une petite star locale, et qui venait de remonter tout le pays en marchant, jusqu'à Katmandou au Népal. J'ai discuté avec lui, on a mangé ensemble chez lui... La probabilité de rencontrer quelqu'un comme ça, dès le deuxième jour, c'est assez dingue...

Le pire souvenir ?
C'est lié à la chaleur, étouffante. J'ai mis six jours à arrêter d'avoir des vertiges au début. Il ne faisait pas si chaud que ça, 36° en moyenne la première semaine. Très vite, c'était 40/42° pendant deux mois. Avec 45° à l'ombre au Rajasthan. Je m'arrêtais et me reposais tous les 300 mètres. C'était insupportable au début. J'ai appelé ma femme le deuxième jour en me demandant si j'allais pouvoir aller au bout. L'acclimatation a été très compliquée. La frustration de pas pouvoir avancer comme je voulais... Et puis le corps s'est adapté. Les 40° de la fin sont passés plus facilement que les 35 du début.

William Léger, pendant une pause. (Léger)

Le moment le plus difficile ?
Le deuxième quart du trajet, car la routine s'est installée. Je me lève toujours à la même heure avec le lever du soleil. Je marche, je fais des pauses, j'en peux plus, et je me dis que je ne suis même pas à la moitié. Après, passé les deux tiers, c'est bon. Même si j'ai mal, que je boite, je sais que je finirai. Ce n'est pas forcément le nombre de kilomètres qui est impressionnant, c'est plus le côté mental, psychologique. Et puis cette solitude, se retrouver seul très loin de ma famille, mes enfants. C'était dur mentalement. Le tout, sans assistance. J'avais besoin d'une deuxième paire de chaussures, et bien je l'ai porté depuis le début.

« Une immense fierté d'avoir réalisé quelque chose de, peut-être, plus grand que moi »

Le moment le plus émouvant ?
L'arrivée à New Delhi. Un mélange d'émotions, j'ai pleuré. Une immense fierté d'avoir réalisé quelque chose de, peut-être, plus grand que moi. Je fais des treks, des marathons tout le temps mais là quand même... l'équivalent de 66 marathons en 83 jours... Un truc de dingue. Je me disais que j'ai fait ça pour mes gamins, ils seront fiers de moi toute leur vie. C'était mon rêve et je l'ai fait. Il faut y croire.

William Léger, à son arrivée à New Delhi. (Léger)

Le moment le plus invraisemblable ?
Je me suis retrouvé en train de dormir sur une table, dans un temple, pour passer la nuit, dans le village Talav. Avec une trentaine d'Indiens autour de moi, qui voulaient veiller sur moi. Mais du coup, je n'ai pas dormi de la nuit. À ce moment-là, je me demande ce que je fais là. Et puis c'est magique en même temps car ils sont touchants et bienveillants. Tout le monde venait me parler toute la nuit. Ils m'ont pris pour un extraterrestre.

Le plus beau paysage ?
Je dirais les Backwaters dans la région du Kerala, des sortes de lagunes à l'intérieur des terres. Et le Rajasthan, pour toutes ses merveilles et ses trésors. Un monde à part. La ville d'Alwar, avec ses palais, un bassin et les temps autour... C'était magnifique. Et puis il y a eu plein d'autres petits moments magnifiques. Je marche pendant quatre ou cinq heures, avec le même paysage, et d'un coup, je me dis : ''Wow, ici, c'est beau.'' Je m'arrête vingt minutes, prends une photo et contemple juste. Ca fait des heures que je vois la même chose... et je capte une seconde merveilleuse comme ça. Et tu te demandes, pourquoi maintenant ? »

publié le 26 juin 2019 à 19h42 mis à jour le 27 juin 2019 à 11h28
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APnewton le 26 juin 2019 à 20h16

Bravo!

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